12 March, 2026

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Avertissement en réunion

PRÉLUDE

Holden Cross, connu de tous sous le nom de Griffon, marchait sur une route sans fin, guidé par une lanterne moribonde. Son armure était usée ; sa raison d'être, perdue. Lui qui faisait jadis figure de symbole et de meneur, il n'était plus qu'un fugitif errant à travers Heathmoor. Quelques semaines plus tôt, dans une taverne sans nom, un inconnu s'était approché de lui et l'avait étudié comme s'il évaluait une vieille lame à moitié rouillée.

« Oublie ça, vieux barbon », se dit le Griffon, la mâchoire serrée. Il essaya de faire taire ce souvenir étrange, mais quelque chose dans ce souvenir éveillait son imagination et attisait sa fierté. L'inconnu avait offert au Griffon une armure incomparable pour qu'il change le monde. « Fantasme insensé », marmonna le Griffon. Il se souvint vaguement de leur débat sur la façon de mettre fin à la fausse paix des Khatuns et d'inaugurer une nouvelle ère de glorieuses batailles à travers Heathmoor. « Prophéties farfelues... » cracha-t-il, réprimant l'idée. Mais s'il avait pris en compte cette proposition ; à supposer qu'il y eût la moindre once de vérité dans les propos de l'inconnu... « À quoi bon si tous les guerriers dignes de ce nom ont déjà abandonné ? » Fixant les ténèbres devant lui, le Griffon s'interrogea. « Non, je ne suis qu'un homme. »

PARTIE I

La chef mongole Guljin, qui avait étendu sa domination comme un virus sur la terre, avait radicalement changé Heathmoor. Le Griffon avait été impuissant à convaincre ses compagnons de la Chimère de ne pas se soumettre. Jadis fier de les considérer comme des alliés, il était dégoûté de leurs compromis après la défaite d'Horkos. Non, la paix telle que la proposait Guljin n'était pas suffisante. Refusant de s'incliner, il se couvrit la tête d'un capuchon et disparut. Dès lors, il vécut en reclus, sans rester trop longtemps au même endroit. Si une patrouille de Khatuns ou un ivrogne tapageur le surprenait dans un mauvais jour, son tempérament bouillant ne manquerait pas d'attirer l'attention. Mais en entendant rapporter que les Khatuns occupaient désormais Harrowgate, sa forteresse natale, le Griffon se sentit obligé de partir en avoir le cœur net. Il lui fallait comprendre pourquoi tant d'individus avaient cessé de se battre.

Les portes étaient ouvertes. Voilà qui était nouveau. Le Griffon se rappelait les assauts réguliers sur Harrowgate à chaque récolte, mais il supposa qu'il n'était pas nécessaire de fermer les portes maintenant que les Mongols en assuraient la sécurité. Malgré tout, il ne se sentait pas à l'aise. Il hésita brièvement, considérant le risque qu'il courait s'il se faisait reconnaître. « Plutôt mourir debout qu'à genoux », conclut-il. En traversant la place principale, le Griffon tenta de se remémorer l'histoire des lieux. Il songea aux sièges et aux guerres qui avaient laissé des traces ici, mais ce qui l'entourait – ou plutôt ce qui manquait – attestait de dégâts plus nuancés. Sa nostalgie de vivre parmi de vaillants chevaliers et d'aspirer à son moment de gloire dans leur bataille sans fin avait laissé place à une nouvelle réalité pervertie.

Le vide, le silence, l'obscurité planaient sur des ombres de personnes, des coquilles fantomatiques vaquant à leurs occupations sans la moindre passion dans les yeux. Il observa des individus apparemment satisfaits qui discutaient à voix basse ou qui faisaient patiemment la queue pour obtenir les rations distribuées par les surveillants mongols. Pendant ce temps, les chevaliers – la force vive de la forteresse dont se souvenait le Griffon – étaient toujours dispersés, mais à son grand désarroi, ils montaient la garde et patrouillaient dans les rues aux côtés des Khatuns. Le Griffon avait du mal à contenir sa colère... Était-ce là la paix que ses anciens frères de la Chimère avaient acceptée et jugée « suffisante » ?

Cherchant dans son esprit un souvenir qui lui permettrait de réaffirmer que tout cela n'était pas qu'une illusion, le Griffon se rappela l'énorme brasero d'acier qui brûlait en permanence au centre de Harrowgate. Il se rappela avec émotion ces soirs où, agglutinés autour pour se réchauffer et s'éclairer, ils écoutaient les récits édifiants de chevaliers héroïques. Puis il s'élança rapidement vers la route principale. Après avoir dépassé à toute vitesse une patrouille de Khatuns étrangement silencieuses, le Griffon pencha vivement la tête lorsqu'il l'aperçut enfin. Le brasero avait été abandonné tel un monument condamné à l'oubli, récipient froid de cendres anciennes. Alors qu'il tendait la main pour frotter un peu de poussière entre ses doigts, de grandes ombres menaçantes s'allongèrent par-dessus son épaule.

« C'est bientôt le couvre-feu. Dégage tout de suite de la rue, ou on te coffre », grogna une garde khatun. Le Griffon maîtrisa sa colère grandissante et se retourna silencieusement.

« C'est vous qui avez éteint le feu ? » demanda-t-il d'un ton lent et venimeux. La question retentit et se répercuta dans la rue, attirant l'attention de plusieurs passants qui avaient presque oublié le bruit de la contestation. L'un d'entre eux, un homme aux allures de montagne usée par le temps, dont les bras robustes témoignaient des jours passés à travailler la terre, plissa les yeux pour dévisager le Griffon et s'approcha.

« J'ai dit dégage de la rue, tout de suite ! » Le dernier mot de la Khatun fut accompagné d'un coup de coude sur la tempe nue du Griffon, qui trébucha et amorça par réflexe sa riposte. Mais avant qu'il ne puisse répliquer, le vieux fermier lui saisit doucement l'épaule et l'éloigna.

« Allons, mon ami. Ce n'est pas le moment de ressasser le passé. Et puis on a bien besoin de repos pour aller aux champs demain. Je te laisserai même nourrir les moutons », dit-il en se faisant entendre sciemment de la Khatun derrière lui. Le Griffon soutint leur regard un instant, mais joua le jeu et suivit l'homme.

« Je connais ta voix, mais c'était celle d'un fier guerrier. Ne me dis pas que tu es... » Le Griffon s'interrompit, désorienté. Il jeta un coup d'œil aux larges épaules du paysan bronzé qui le conduisait par un sentier jusqu'à une ferme isolée, et se douta que cet homme avait été plus qu'un simple fermier. La soirée commençait à se rafraîchir tandis qu'ils flânaient sous un auvent, à l'abri des patrouilles.

« Je suis surpris que tu aies survécu aussi longtemps, prompt à te battre comme tu es. Enfin, tu as toujours été un entêté de première, Holden », lança l'homme avec un sourire qui donna à son visage un aspect de cuir froissé.

« Stone ?! Je n'en crois pas mes yeux... » Le Griffon tenta de dissimuler sa stupéfaction, en vain. L'homme face à lui avait été un ami proche et s'était battu héroïquement à ses côtés, il y a bien longtemps. Ils avaient juré de devenir des légendes, mais il ne voyait qu'une honteuse déception.

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PARTIE II

« J'aurai doublé ton record dans l'heure, Holden », déclara Stone avec assurance. Le temps comme suspendu, Stone frappa avec son fléau le casque d'un Hersir ennemi et le fit basculer en arrière, vers une mort rapide. Rejoignant Holden, les jeunes gens avançaient comme une vague inarrêtable. En entendant le défi de son ami, le regard déterminé de Holden se posa sur quatre Vikings intimidants, prêts à les intercepter. Devançant Stone, il fléchit son corps en armure et survola les plaines comme un aigle métallique prédateur. D'un bond, il se retrouva en leur centre et fit décrire un cercle complet de mort à sa hache d'armes.

« Tu devrais revoir tes calculs, Stone, ou aller chercher un plus grand fléau ! » Holden éclata de rire au milieu de son cercle de cadavres. Malgré leur enthousiasme, cette bataille n'avait pas commencé en leur faveur, mais grâce à leur petite compétition et à leur coordination, le vent avait tourné.

« Peut-être l'Histoire retiendra-t-elle le récit de cette bataille... avec un ou deux enjolivements de mon cru, bien sûr », lança Stone en faisant un clin d'œil à Holden alors qu'il attirait un Berserker fou pour mieux l'achever ensemble dans un assaut uni.

« Peut-être que nous nous battons... pour qu'il n'y ait pas besoin d'enjoliver les choses. Pour rester dans les mémoires des générations à venir, et transcender notre humanité ! » Holden pesait chaque mot à chaque coup de sa hache, qui fendait des légions entières de Vikings ennemis.

Stone partit d'un rire hystérique et explosif. « Mon ami, tu as ma parole ! »

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PARTIE III

Le Griffon ne croyait pas aux esprits et n'avait jamais vu de fantôme. Assis dans la ferme de Stone à regarder son vieil ami vaincu à la lumière vacillante des bougies, il se sentit pourtant hanté par le souvenir de ce qu'il voulait désespérément voir. Un autre visage. Une autre silhouette. Ceux de quelqu'un qui n'était pas tombé si bas. Qui n'avait pas consenti de compromis.

« Tu as donné ta parole, Stone », grogna-t-il.

« Qu'en sais-tu ? Si tu avais été là, si tu avais défendu Harrowgate contre des dizaines d'attaques chaque année, tu serais peut-être soulagé de voir les portes grand ouvertes à présent ! Tu pourrais apprécier le changement si tu abandonnais tes envies de guerre et de jouer les héros ! » Stone s'emportait ; son calme n'était que superficiel, après tout. Après une profonde inspiration, il se reprit. « Tu es l'esclave d'un cycle sans fin, mon ami. Ta raison de te battre s'est perdue dans la nuit des temps, et pourtant tu t'obstines. Combien de temps crois-tu qu'il reste à des hommes comme nous ? Nous ferions mieux de mener une vie simple. J'ai des terres, Holden, tu pourrais travailler avec moi. »

Il fallut un moment au Griffon pour comprendre l'idée. Fixant un coin sombre de la pièce, il regarda l'obscurité sans ciller et se prit à craindre qu'une partie de sa propre flamme ne se soit éteinte de la même façon. Mais en réalité, Stone n'était pas à plaindre. Il avait raison : comme il serait simple de finir ses jours ici et de laisser Guljin être un problème à résoudre pour quelqu'un d'autre.

CRAC. Stone tressaillit lourdement en entendant un bruit et jeta un coup d'œil par la fenêtre voisine. « Les moutons, rien de plus », bougonna-t-il. Mais ce petit tic de réagir instinctivement comme un animal torturé suffit pour que le Griffon prenne son ami en pitié. Il refusait de passer le restant de sa vie dans cette paix craintive.

« Je dois partir », annonça le Griffon en jaillissant de son tabouret, soudain électrisé.

« Où ça ? Les Khatuns te tueront pour avoir enfreint le couvre-feu... » bredouilla Stone.

« Je vais leur faire revoir leurs priorités », lança le Griffon en franchissant la porte.

Stone lui barra timidement la route, tenta de croiser le regard du Griffon, mais recula et fixa le sol d'un air absent. « Que peut faire un seul homme ? »

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ÉPILOGUE

« Elle me sera fort utile », promit le Griffon en abaissant le casque à bec sur sa tête. Il n'avait pas entendu sa voix résonner ainsi contre le métal depuis ce qui lui semblait être une éternité. Une vie de voyages, de batailles acharnées et de témoignages directs de ce qu'avait été Heathmoor, de ce qu'elle pourrait être à nouveau. De son vivant, il avait déjà été témoin de plus de choses que la plupart des gens ; et peut-être était-ce ce que l'inconnu voulait dire en affirmant qu'il était le seul à pouvoir assumer cette tâche.

C'était la plus belle armure qu'il ait jamais vue, et étrangement, elle était toujours tiède, comme vivante. Un griffon, un dragon et une licorne ornaient le tabard, mais l'inconnu se contenta d'un petit rire lorsqu'on lui demanda leur signification. Il annonça au Griffon que c'était seulement la première étape d'un plus grand tout. Néanmoins, tous deux n'avaient peut-être pas la même compréhension de ce que cela signifiait. Le Griffon était toujours déterminé à laver la honte de Stone et de tous ceux qui avaient accepté le règne de Guljin. Il allait embraser l'avenir. Mais pas sous l'identité du Griffon.

« Je ne suis qu'un homme, mais je dois être plus si je veux réussir », réfléchit-il à cette vérité lancinante que même Stone avait comprise. L'inconnu ne voyait rien de définitif ni d'insurmontable dans l'état actuel des choses. Non : il croyait le Griffon capable de le transcender pour inaugurer une nouvelle ère de changement en Heathmoor. Mais il faudrait que davantage de guerriers se soulèvent. Il faudrait les rappeler à la gloire ; or, lui seul en était capable. « Pour qu'ils en aient envie, à n'importe quel prix, je deviendrai le Héraut ardent. Et quand la faim reviendra... la paix brûlera ! »